Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

Avec Pascal Convert

Le plasticien Pascal Convert présente les 12 et 13 octobre au Cinématographe son travail de cinéaste en hommage à ma Résistance.

Questions à Pascal Convert

Vous avez déclaré que l’artiste propose des oeuvres qui sont des interventions symboliques et politiques ?
L’artiste, dans la société libérale néoconservatrice et consumériste, est le plus souvent un nouveau modèle du « self made man ». Mais, il incarne aussi
la possibilité de la liberté par delà les technologies dites interactives. Protégé par son « aura », il peut paradoxalement exercer sa capacité critique.
Quand sur Joseph Epstein, Résistant FTP fusillé au Mont Valérien, je propose une sculpture (Le temps scellé), un film et une biographie, je travaille dans trois directions :
la sculpture en rentrant dans les collections du Centre Pompidou donne une dimension symbolique à la résurrection d’une figure injustement oubliée, à l’entrée
d’Esptein dans les collections nationales, le film s’adresse à nos perceptions, vers un savoir émotionnel qui interroge la mémoire et l’oubli, le livre permet d’endosser
les habits de l’historien.
L’artiste doit prendre position. ce n’est pas prendre parti. C’est regarder notre histoire singulière et collective : ici la période troublée de l’Occupation, et tenter d’ouvrir des
portes fermées depuis longtemps

Dans les vitraux de l’abbatiale de Saint Gildas des Bois, près de Nantes, que vous avez réalisés, ces fantômes d’enfants que vous paraissez 
avoir cristallisés dans le verre appartiennent à quelle histoire ?
A la nôtre. Je ne suis pas croyant, mais la question de ce lieu, de cet espace, c’est la révélation.
Et aussi pour moi de l’enfermement de chacun.
La manière dont, par exemple, le Front National tente aujourd’hui d’effacer sa filiation avec l’extrême droite d’avant et d’après guerre, montre que sans une transmission à la jeune génération de la réalité de notre histoire, il sera impossible d’arrêter le mouvement qui condamne nos sociétés à revivre le passé. D’une certaine manière, en réalisant les vitraux de l’abbatiale de Saint Gildas des Bois, j’ai voulu exprimer cela : nos enfants que nous enfermons dans une société de fiction, dans une « mondialisation de l’indifférence » pour reprendre l’expression du Pape François nous jugerons. Et il est à craindre qu’ils aient honte de nous.

Vous allez continuer à articuler des travaux aux confins de l’art, de l’archéologie, des créations plastiques, du film documentaire, du récit historique et
depuis peu du roman ?
C’est une nécessité ; l’équilibre très instable dans le quelle je suis fait. Je n’appartiens plus à aucune société.

Ni à la celle des artistes ou des cinéastes, ni à celle des historiens ? Et un peu à toutes ?
Oui

Ce n’est pas un problème ?
Non. Pas pour une démarche artistique.

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