Comité du Souvenir des Fusillés
 
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13 - 15 et 16 février 2014 Hommage aux FTP des procès des 42 et des 16

Les cérémonies célébrant les Résistants des procès de l’année 1943 se sont déroulées les 13 février et le week-end des 15 et 16 février et le 23 février.

Le 13 février 17 h 15 : Maison des syndicats hall d’accueil du bâtiment central devant les plaques mémorielles

Le 15 février 11 h : Monument de l’ex champ de tirs du Bêle . 12 h : Cimetière de La Chauvinière carré des fusillés

Le 15 février 15 h : Place Jean et Renée Losq devant la statue à J et R Losq à Sainte Luce sur loire. Hommage à J et R Losq

Le 16 février 11 h : Cimetière de La Chapelle Basse Mer carré des Républicains Espagnols : Hommage aux Espagnols morts pour la France et l’Espagne Républicaine

Le 23 février 10h30 à Rezé Place J Moulin et Cimetière St Paul

Les discours et photos des différentes cérémonies. La Chapelle Basse-Mer le dimanche 16 février 2014

Allocution de Christine FERNANDEZ , Secrétaire du Comité du Souvenir au nom du “ Collectif du Procès des 42 ”

Hommage aux 5 républicains espagnols fusillés à Nantes le 13 février 1943

Monsieur Le Maire de La Chapelle Basse-Mer,

Mesdames et Messieurs les Elus

Mesdames et Messieurs les Représentants des Associations des Anciens Combattants et Organisations Syndicales et Politiques,

Chers amis,

Voilà plus de dix ans que notre Comité du Souvenir avec son « Collectif du Procès des 42 » poursuit inlassablement ce travail de mémoire en hommage aux martyrs des « Procès des 42 et des 16 » et en l’occurrence aux cinq républicains qui reposent ici.

Leurs familles n’ont pas été en mesure, cette année, de se joindre à nous. Mais nous avons reçu des messages où elles s’associent par la pensée et le cœur à cette cérémonie. Ces familles qui, il n’y a pas si longtemps encore, ignoraient tout, du père, du frère ou de l’oncle enterré en toute discrétion, à l’abri des regards en fin de journée du samedi 13 février 1943.

Rien ne prédestinait ces hommes que nous honorons à se rencontrer un jour, encore moins à vivre ces moments ultimes et dramatiques, devant un peloton d’exécution sur le sol français, en tant que guerilleros espagnols.

Ils étaient tous issus de familles modestes.

Mais l’histoire, leur histoire bascule en 1936. Le 17 juillet une rébellion éclate au Maroc espagnol. Elle est fomentée par les Généraux Franco et Mola. Le lendemain le message suivant est diffusé sur les ondes de la péninsule “ dans toute l’Espagne, le ciel est sans nuage ”. C’est le signal adressé à tous les officiers pour le soulèvement fasciste.

Il est suivi par la majorité des cadres et cadres supérieurs de l’armée, par la bourgeoisie et le haut clergé. C’est d’un très mauvais œil qu’ils avaient vu le résultat des élections du 14 avril 1931 donnant majoritairement et démocratiquement la victoire aux partis du Front Populaire.

La république issue de ces élections est pour les humbles et les pauvres des villes et des campagnes et pour nombre d’intellectuels synonyme d’espoir, l’espoir de sortir de cette époque moyenâgeuse. Combien de villes, de villages, de contrées ne possèdent ni électricité ni eau courante. Ce sont eux qui répondent majoritairement présents pour défendre la seconde et jeune République espagnole confrontée à un conflit majeur.

Longuement préparés, avec l’aide d’Hitler et Mussolini, les rebelles gagnent rapidement du terrain.

Entre le 18 et 20 juillet 1936 toute la péninsule est embrasée.

Le 28 juillet c’est l’arrivée des premiers avions livrés par Hitler et Mussolini à Franco.

Au terme de vifs débats et dissensions au sein du gouvernement français, présidé par Léon Blum, c’est le “ pacte de non intervention ” qui est définitivement adopté le 8 août. Ce qui signifie l’embargo sur les armes à destination de l’armée régulière espagnole.

Le coup est terrible pour les républicains. Il marquera un tournant d

De leur côté les états fascistes n’ont pas d’état d’âme, ils expédient via le Portugal et le sud du pays des avions, des tanks et des canons très sophistiqués. Les Italiens envoient des troupes et les nazis expédient des milliers d’hommes hyper entraînés. C’est la terrible légion Condor. Elle va s’illustrer en bombardant un petit village, paisible, situé au Pays Basque du nom de Guernica auquel le peintre Pablo Picasso rendra hommage.

Le 20 septembre lors d’un meeting grandiose une voix ferme et pathétique s’enflamme. Celle d’une femme. Une voix qui résonne dans toute l’Espagne : “ Mieux vaut mourir debout que de vivre à genoux ”.

Dolores Ibarruri, La Pasionaria, lancera aussi le fameux « No Pasaran » (« Ils ne passeront pas »).

L’arrivée de brigades internationales en octobre 1936, ne suffira pas, à venir à bout de la rébellion. Ils iront mourir à Madrid, mourir pour Madrid.

Sur les 35000 brigadistes des milliers reposent en terre d’Espagne parmi eux les nantais Roger Bertho et Marcel Brossaud. Qui se souvient aujourd’hui de ces hommes ?

Ce fut aussi le temps des solidarités, celle du cœur et de la raison. Combien d’affiches et de tracts ont inondé Nantes, St Nazaire et leur banlieue en soutien aux républicains espagnols.

Cela ne suffira pas.

A la lumière des évènements qui ont suivi la chute de la république, tout le monde s’accorde, aujourd’hui, à reconnaître que la guerre d’Espagne fut le terrain d’essais et d’expérimentation militaire pour les puissances fascistes. Toutes les techniques nouvelles qui ont été soigneusement mises au point en Espagne contre l’armée républicaine ont été utilisées victorieusement contre les alliés en 1940 et plus tard sur les fronts de l’Est.

La chute de la république espagnole a bien été le prélude de la seconde guerre mondiale.

Quand Madrid puis Barcelone tombent, ce sont des centaines de milliers de réfugiés qui franchissent la frontière au sud-est de la France.

L’accueil ne fut pas à la hauteur de leurs espoirs. Ils furent parqués dans des conditions lamentables et inhumaines dans des camps d’internement construits à la hâte.

Argelès, Barcarès, St Cyprien, Gurs etc …. sont des lieux encore trop méconnus où des milliers de morts, surtout des enfants et des vieillards seront enterrés sur place.

Les cinq espagnols que nous honorons ont tous connu l’horreur de ces camps.

Pour échapper à ces misérables conditions ils se sont engagés dans les Compagnies de Travailleurs Etrangers créées pour palier au manque de main d’œuvre.

C’est par cet intermédiaire qu’ils sont arrivés dans notre département. Entre temps une autre page douloureuse de notre histoire venait de se tourner avec la capitulation, l’armistice signée par le Maréchal Pétain et l’occupation nazie.

C’est au sein du Parti Communiste Espagnol clandestin structuré au sein des F.T.P. – M.O.I. que plus de 80 guerilleros lutteront dans notre département contre l’occupant et les collaborateurs, avec cette idée force :

“ On se libère des fascistes pour mieux se libérer de Franco ”.

Mais la répression est féroce. Entre les mois de juin et décembre 1942, 89 républicains espagnols sont arrêtés. La majorité est envoyée à Paris pour y être jugés puis déportés à Dachau et Mathausen. D’autres seront enfermés dans les camps de Voves ou Rouillé et cinq d’entre eux resteront à la prison Lafayette à Nantes.

C’est ainsi qu’Alfredo Gomez-Ollero et Bénedicto Blanco-Dobarro en tant que chefs de l’Organisation Special du P.C.E., Miguel Sanchez-Tolosa, Ernesto Prieto-Hidalgo et Basilio Blasco - Martin en tant que membre du groupe clandestin que dirige Benedicto Blanco-Dobarro se retrouvent ensemble au banc des accusés du « Procès dit des 42 » en janvier 1943.

Le Tribunal de guerre nazi n’hésite pas à les envoyer à la mort au côté de 32 résistants francs tireurs et partisans français.

Mesdames et Messieurs,

Dans quelques mois nous allons célébrer le 70ème anniversaire de la libération d’une grande partie de notre territoire dont Nantes et le Sud Loire. Cette libération n’aurait jamais pu avoir lieu sans toutes ces résistances, disons cette sédimentation de tous les actes de résistance dont l’unification des différentes organisations au sein du Conseil National de la Résistance sous l’égide de Jean Moulin fut un acte majeur. Son programme toujours aussi malmené demeure, à nos yeux un repère essentiel.

Aujourd’hui,

Il nous apparaît particulièrement important d’alerter nos concitoyens sur les dangers qui à nouveau surgissent en Europe. Des groupes d’extrême droite aux idéologies racistes, xénophobes, antisémites sont de plus en plus décomplexés et gangrènent les sociétés. Ils parviennent à peser dans nombre d’institutions, de parlements et même à se hisser au pouvoir.

La crise engendre des replis, favorise les populismes avec lesquels les idées les plus nauséabondes trouvent malheureusement un terreau favorable.

Ces idées fascisantes, favorisées par les politiques qui accablent les plus vulnérables et plongent dans l’incertitude des couches de plus en plus larges, sont porteuses de graves dangers pour la démocratie.

La perte de repères, l’apologie de l’individualisme, le dénigrement systématique de l’action collective et de la solidarité nourrissent les réflexes les plus vifs. Des entreprises de négation, d’instrumentalisation et de falsification de l’Histoire concourent à masquer les causes et responsabilités qui menèrent au désastre.

Aussi, restons tous vigilants.

Je vous remercie de votre attention et votre présence.

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