Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

11 Novembre 2012

Associer le centenaire de 1914 à la commémoration de la Libération constituerait un mélange des genre et une véritable régression mémorielle, la défaite de la volonté de comprendre.

Dessin paru dans l’Humanité du 12/11/2012.

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Le Conseil des ministres du 3 octobre, en créant une mission chargée de préparer la commémoration des anniversaires des deux guerres mondiales, justifie en évoquant « la continuité des deux conflits » un mélange des genres.

Régulièrement, émerge la remise en cause des grandes commémorations nationales patriotiques, dans le but de les banaliser et de les vider de leur sens historique et des valeurs qu’elles portent.

Le gouvernement et sa majorité UMP, en ce début d’année 2012 faisait voter une loi sur le sens du 11 Novembre, servant l’objectif d’uniformisation de la mémoire. Projet que condamnait le candidat socialiste F. Hollande.
L’objectif est d’entretenir la confusion et l’oubli de la spécificité de toutes les guerres auxquelles notre pays a été confronté, alors qu’il est de tradition, dans notre République, de rendre hommage aux anciens combattants de chacune d’elles, à chaque date anniversaire historique de la fin de chaque conflit.
Si nous ne voulons pas que toutes les mémoires soient amalgamées, c’est tout simplement pour que chaque génération réfléchisse et tire les enseignements de chaque guerre.

Le 11 Novembre 2011, le message du Président de la République : « En mêlant, indistinctement, tous les champs de bataille, accréditait l’idée que le combat des poilus sacrifiés à Verdun, en 1916, aurait le même sens que la mort de nos malheureux engagés militaires français tombés dans les guerres coloniales. Est-ce que mourir sous les balles et les obus nazis, dans le verrou de Sedan ou au Mont Valérien, a la même signification que d’être, hélas, tué sur les rives du canal de Suez en 1956 ? ».

En confondant des événements et engagements qui n’ont pas la même portée historique et humaine, le risque est que tout soit fondu dans une même condamnation abstraite de la guerre, qui empêche de réfléchir sur ses causes. En ne distinguant plus les situations, en unifiant les conflits, on aboutit à une vision aseptisée de l’histoire et de la mémoire collective, qui ne permet plus de comprendre le passé et de construire lucidement l’avenir. Mais sans doute est-ce là l’objectif recherché, si l’on en juge par la place désormais accordée aux programmes d’histoire dans l’enseignement secondaire.

Fort justement, des historiens et les enseignants de cette matière s’en émeuvent. Et ils regrettent aussi que dans les nouveaux programmes d’histoire, les guerres soient envisagées comme un tout, parfois traitées ensemble, ce qui conduit à des rapprochements erronés ou fallacieux. Rassembler les conflits du vingtième siècle dans le concept flou de « guerre totale » réduit ces conflits aux efforts et souffrances qu’ils ont engendrés, sans en aborder les enjeux, sans évoquer la contextualisation politique et idéologique de ces catastrophes successives.

En privilégiant la « folie des hommes », pour reprendre les mots de l’ancien Président Sarkozy, enseigner l’histoire des guerres reviendrait seulement à extirper le mal, le mal présent en chacun de nous. À cette aune, tout se vaut, et c’est alors la défaite de la volonté de comprendre.

Nantes le 9 novembre 2012

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